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Articles et citations

Du dr Maurice Berger, chef de service en psychatrie de l'enfant au CHU de Saint-Etienne

LE DEBAT SUR L’HOMOPARENTALITE :

INTIMIDATION ET ETUDES DOUTEUSES

Il existe deux moyens d’empêcher un groupe social de penser sur un sujet important : l’intimidation et le pseudo-scientifique.

L’intimidation tout d’abord. En janvier 2012, je suis invité, en tant que pédopsychiatre et professeur associé de psychologie de l’enfant, aux Etats Généraux du Droit de la Famille organisés par le Conseil National des Barreaux, pour parler de l’homoparentalité. A peine débutais-je mon exposé que, constatant que je ne vais pas totalement dans son sens, un homme se lève et assène ses arguments en faveur de l’homoparentalité d’une voix forte et ininterrompue afin de m’empêcher de parler. Plusieurs minutes pénibles s’écoulent, puis les 60 avocats présents interviennent spontanément pour donner à cet homme l’ordre de se taire en soulignant l’intérêt qu’ils portent à une parole « libre ». Dix minutes plus tard, la même scène se répète, avec la même réaction du public. Sept ans auparavant, une étudiante en psychologie qui souhaitait effectuer une recherche universitaire sur le développement affectif des enfants élevés par des couples homoparentaux, avait dû renoncer face au refus de collaborer de la communauté gay et lesbienne d’une des plus grandes villes de France.  Ou encore, le 17 Septembre 2012, Yves Calvi débute son émission « Mots croisés » consacrée à ce sujet en indiquant que de nombreuses personnalités pressenties pour y participer ont refusé son invitation en indiquant qu’il n’y avait que des coups à prendre. D’ailleurs on a constaté au cours de l’émission la difficulté inhabituelle de cet excellent journaliste à contenir le char d’assaut des tenants de l’homoparentalité. Cette méthode est efficace. Toute personne qui émet des réserves concernant l’adoption homoparentale est confrontée à une intimidation intellectuelle et médiatique à tel point que beaucoup de mes collègues n’osent pas exprimer leurs positions.

Le lobby homoparental s’appuye aussi sur des études qui ne sont que pseudo-scientifiques. L’intoxication est suffisamment bien faite pour que tout le monde soit convaincu que ces études prouvent que les enfants élevés par les parents homosexuels vont bien.  Pourtant il suffit de se donner la peine de vérifier la nature des travaux cités pour comprendre leurs faiblesses méthodologiques et leur biais de recrutement des groupes étudiés. La thèse de médecine de Nadaud donnée en exemple par Martine Gross, Présidente d’honneur de l’APGL, dans un numéro récent du Monde a consisté à demander à des couples homosexuels si les enfants qu’ils élevaient allaient bien. Devinez la réponse : évidemment positive. Il est difficile d’imaginer moins d’objectivité. Une autre publication aussi mise en exergue, d’une professeur de psychologie londonienne, compare les enfants élevés par vingt-quatre couples homosexuels à ceux élevés par vingt-quatre couples hétérosexuels. Il apparaît que dans le groupe homoparental, six enfants sur vingt-quatre débutent leur vie sexuelle par des relations homosexuelles et zéro dans l’autre groupe. Conclusion de l’auteur : il n’y a pas de différence significative. Le travail de Vecho et Schneider en 2005 est aussi instructif. Les auteurs montrent que sur 311 publications, la plus grande partie ne tient pas la route. Certaines ont un aspect clairement militant et ne se fondent que sur la parole des « parents ». 25 % de ces études ne précisent pas la discipline dans laquelle elles s’inscrivent (psychiatrie, philosophie, sociologie…). 9/10 n’étudient que l’homosexualité féminine, dont on extrapole les résultats sur l’homosexualité masculine. Sur les trente-cinq restantes considérées comme les plus valables, vingt-deux ne précisent pas le mode de filiation (union homosexuelle antérieure ou IAD). Seulement vingt ont un groupe de comparaison, mais seulement douze sont correctement appareillées. Sur les douze restantes, seule la moitié renseigne sur l’existence ou non d’un divorce, ce qui ne permet pas de différencier les effets sur l’enfant du divorce ou de l’homoparentalité.

Les quelques études qui restent utilisables montrent que les enfants de couples homoparentaux ne semblent pas présenter plus de troubles qu’on appelle « externalisés » (agressivité, échec scolaire, délinquance) que ceux élevés par des couples hétérosexuels.  Mais les auteurs soulignent que dans ces études, « les enfants sont sujets de la recherche, sans en être acteurs » au sens où leur point de vue n’a pas été réellement interrogé.

Le lobby homoparental utilise une méthode simple, le bluff. Il sait pertinemment qu’aucun homme politique et qu’aucun journaliste ne prendra le temps de lire les études citées, de plus en si grand nombre. La raison commanderait qu’avant tout vote d’une loi dans ce domaine, le gouvernement demande qu’un groupe de travail composé de spécialistes du psychisme ayant préalablement publié dans des revues à comité de lecture international, étudie les principales publications portant sur ce sujet et, en fonction de leur validité, énonce les véritables conclusions que l’on peut en tirer. Dans le même temps, ce  groupe ou un autre de même qualité, serait chargé de réunir les publications et les observations réalisées par les cliniciens et les thérapeutes concernant les enfants élevés par les couples homoparentaux pour tenter d’avoir accès à leur vécu intime. J’ai constaté dans mon expérience que les troubles que peuvent présenter ces enfants sont d’une nature spécifique, par exemple quand en psychothérapie une fillette de huit ans née de parents hétérosexuels qui ont ensuite divorcé, dessine une reine entourée de huit enfants et me dit qu’ils ont été faits par la sœur de la reine, une magicienne qui a concocté une potion. La reine n’a pas eu besoin d’homme pour concevoir les enfants. 

La vraie audace de la part du gouvernement n’est pas de soutenir un tel projet de loi, non, ce serait de ne pas avoir peur d’aller vérifier ce qui en est réellement, de donner une place au savoir face à l’intimidation et aux études biaisées, et de décider dans un climat plus apaisé. Pourquoi le lobby homoparental ne demande-t-il pas que cette démarche soit entreprise, s’il n’y a rien à cacher ?


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